Nous sommes le 22 juillet 2020, la Caravane des Possibles se termine. Elle s’est trimbalée son lot de doutes, de questionnements, de recherches de sens et d’équilibre, ses hésitations, ses assurances aussi. Huit jeunes embarqués dans une aventure collective, huit jeunes éloignés avec leurs projets, en errance, en itinérance. Huit portraits d’une jeunesse qui s’engage pour formaliser une idée, aboutir à la concrétisation d’un rêve. Loin des utopies que les adultes leur attribuent volontiers, ces jeunes sont sur Terre, les deux pieds dessus. Surmonter les difficultés du collectif, organiser les consensus, promouvoir l’entraide et la mettre en œuvre…exigence éthique pour les structures qui accompagnent qui forment, une posture interculturelle pour les formatrices et les formateurs. Être accompagnés pour faire des pas et avancer, et reculer…les chemins s’entrecroisent, se mêlent et se séparent. Voici un bout de leurs histoires qu’ils souhaitent avec vous partager.

Elies
Elies est un jeune homme qui envisageait de poursuivre ses études après l’obtention de son baccalauréat Economique et Sociale mais il fut surpris par tous les aléas rencontrés lors de son insertion dans le monde professionnel. Entre déceptions, rebondissements, et gamberge, Elies se trouvait un peu perdu dans sa vie, et quoi de pire qu’une routine où l’on ne fait rien de ses journées ?
Ayant décidé d’arrêter ses études de droit, lui qui se trouvait à la fac à défaut d’être ailleurs, Elies se mit rapidement à chercher une autre occupation pour rester actif car il déteste ne rien faire et ne pas se sentir utile. Fils d’un père artisan plombier, on lui inculqua très jeune la valeur du travail.
Elies nous raconte que même petit, il accompagnait son père lors de ses interventions.
Il découvrit la Caravane des possibles lors de ses recherches professionnelles. Et s’est dit que quitte à ne rien faire, autant découvrir de nouvelles choses! Son projet de base ? Favoriser la pratique sportive dans son quartier. Mais le Coronavirus et le confinement rendirent la mise en œuvre de son projet sportif compliquée. C’est alors qu’il passa tout son temps libre pendant le confinement au profit de l’entreprise de son père. C’est là qu’Elies commença sérieusement à s’intéresser au métier qu’est la plomberie.
La reprise progressive et la fin du confinement annoncèrent la reprise du service civique notamment la préparation d’une itinérance d’une semaine avec les autres membres de la caravane, qui étaient d’ailleurs très sympas ! Il y a tout de suite eu une alchimie entre eux, ce qui forgea une équipe solidaire, avec une belle cohésion de groupe.
La préparation d’itinérance se fit sur différentes sessions à Chilhac, Egliseneuve des Liards et St Bonnet Le Courreau, ces temps ont également servis de formation (entraînement mental, formation par rapport au budget et au financement de projet).
Ces sessions lui ont permis de s’évader un peu de sa ville où se situe sa zone de confort. Une première pour Elies qui ne s’est jamais aventuré sans sa famille dans des endroits « loins » de sa ville, mais comme on dit « il y a un début à tout ».
Lors de l’itinérance, il découvrit les projets et intérêts des camarades de son groupe, ce qui lui a aussi apporté pour son propre projet personnel.
Pour sa part, il alla visiter le Musée du BTP à Moulins pour consolider son envie de démarrer une formation plomberie pour son après-caravane.
Pour ce qui est du point sportif, il a commencé à animer des cours de musculation au sein de l’association SINGA.
Grâce à ce service civique, ce jeune a pu s’épanouir dans sa passion qu’est le sport, rencontrer des personnes qui l’ont aiguiller dans ses choix d’avenir et se libérer de la peur d’effectuer des déplacements loins de son domicile et de sa famille.
A la rentrée de septembre, Elies va préparer un diplôme en tant qu’installateur sanitaire en alternance au sein de l’entreprise familiale.

Coline
Coline est une dessinatrice, une « gribouilleuse ». Elle aime faire, créer, écrire… C’est pour ces raisons qu’elle s’est orientée dans une école d’art et design au début de ses études mais son engagement associatif l’a poussé à se poser d’autres questions, notamment sur le rôle des territoires dans les champs culturels et artistiques. Elle s’est donc dirigée vers une formation en « développement des territoires » en gardant en tête son envie de faire et créer avec les gens et l’importance de la Culture dans le quotidien de chacun. Elle s’est entourée d’un collectif pour monter son association (MAD – Maison des Artistes en Devenir) avec laquelle elle veut créer un panier culturel co-construit avec les « jeunes » artistes locaux de Clermont-Ferrand. La Caravane des Possibles lui a permis de se questionner un peu plus, de douter quelques fois mais d’avancer pas à pas vers son objectif.

Mamadou
AIDER LES ENFANTS DE RUE
A Dakar, sous l’horizon chaud de l’harmattan, dans cette ville où la chaleur est séduisante et le parfum excite les narines, Mamadou, un jeune de 21 ans, aperçut en cette après-midi d’été des enfants qui mendient sur un rond-point.
De là est née l’idée de créer une association qui pourrait aider ces enfants à ne plus vivre dans les rues…
Chaque jour fût différent de l’autre et Mamadou n’avait aucune idée de comment mettre sur pied son projet. Il quitta le Sénégal pour continuer ses études d’économie en France. Il lui a fallu attendre trois années soit en janvier 2020 lors d’une séance de révision pour ses examens avec Ismaïla, un ancien porteur de projet de la caravane des possibles, pour en connaître l’existence et l’intégrer.
Il a acquis beaucoup de connaissances grâce aux différentes formations que sa structure d’accueil a mise en place et grâce aux nombreux témoignages et échanges d’idées lors de l’itinérance avec les autres jeunes porteurs de projet accueillis.

Fayza
La sensibilisation et la protection de l’environnement à Mayotte
Fayza est, depuis toute petite, au contact de la nature. Elle a vécu jusqu’à son adolescence à la campagne sur une petite île, où le rapport à la nature est très particulier. A ses 15 ans, elle a décidé de partir pour la Métropole afin de poursuivre ses études en sciences. Après des études en Biochimie, elle est retournée à Mayotte pour les vacances scolaires et finalement elle est restée plus longtemps que prévu. Elle a donc décidé de faire une licence en écologie.
Au cours de son stage de troisième année, Fayza s’est concentrée sur la conservation des espèces de la mangrove de Mayotte. Et c’est là que tout a commencé! Ce fût le déclic!
Sa première réaction, quand elle vit les déchets emprisonnés dans la mangrove a été de dire “C’est une blague, c’est vraiment trop sale ici!” A ce moment là, Fayza ne savait plus quelle position prendre face à cette situation. Elle était vraiment en colère, déçue et dégoutée que la population, elle comprise, ait laissé la situation atteindre une telle gravité. La mangrove est initialement un filtre naturel entre la mer et la terre qui s’est peu à peu transformé en déchetterie, saturée par tous les déchets venant de la terre et de l’océan.
Après une longue discussion avec ses collègues de promo (licence), la question de la gestion des déchets est revenue à plusieurs reprises : l’éducation à l’environnement est quasiment absente à Mayotte. La déforestation, pratique largement répandue, et ses conséquences sur le déracinement des arbres après abattage sont en partie à l’origine de l’état de la mangrove.
En effet la déforestation fragilise les sols et favorise l’érosion ainsi que les glissements de terrain qui lors des fortes pluies emportent tous les déchets et la terre jusqu’à la mangrove et l’océan.
En intégrant la Caravane des possibles au sein du CREFAD Auvergne, Fayza s’est retrouvée avec des jeunes porteuses et porteurs de projets, divers et variés, tout aussi intéressants les uns que les autres. Avec cette équipe, elle a beaucoup appris sur elle et sur son projet. Au départ elle voulait en savoir plus sur la protection de l’environnement en étant bénévole dans des structures qui oeuvrent pour cette cause.
Aujourd’hui, Fayza s’intéresse aux alternatives à la déforestation, entre autre, l’agroforesterie et la permaculture. Ces deux pratiques permettent un recours moindre à la déforestation et favorisent la reforestation et les pratiques moins agressives pour la terre. La reforestation permettra entre autre de diminuer les dégâts dans la mangrove et permettra aux Mahorais de se concentrer sur la gestion des déchets. Fayza va commencer une Licence professionnelle en développement de projet territorial à Mayotte. Elle va pouvoir se concentrer sur son projet et être dans le feu de l’action en étant bénévole dans les associations qui luttent pour la protection de l’environnement à Mayotte.

Adélaïde
Adelaïde a grandi dans le Pas-de-Calais, où elle a rencontré des gens en situation de grande détresse. Elle a pu constater que de nombreuses personnes étaient incapables de se projeter dans l’avenir, de s’imaginer avoir un métier, une famille, des amis…
Elle est pourtant persuadée que chacun ici-bas a quelque chose que lui seul peut accomplir et qu’aucun d’entre nous ne vient au monde par hasard.
Adélaïde pense que tout ce dont l’homme a besoin pour apprendre à se connaître, trouver sa voie et se soigner se trouve dans la nature. C’est pourquoi elle a décidé d’ouvrir un cabinet de naturopathie afin que ceux qui en sentent le besoin viennent y déposer leurs soucis et leurs craintes, et y obtiennent les outils dont ils ont besoin pour avancer.
La Caravane des Possibles lui a permis de rencontrer des gens avec des projets divers, mais visant tous à l’amélioration du quotidien d’autrui. Elle est heureuse d’avoir pu constater que des gens avec des opinions et des modes de vie variés peuvent s’entendre et collaborer dans le but de créer un avenir un peu plus serein.
La Caravane lui a aussi permis d’imaginer un nouveau projet : la création d’un lieu de partage où chacun pourrait apporter ce qu’il connaît sur des sujets tels que les recettes médicinales, les propriétés des plantes et des pierres, l’astrologie, bref, où tous pourront discuter des mille et une façons existantes de prendre soin de soi.
Elle n’est pas encore certaine de la façon dont ce projet sera mis en place, mais Adélaïde est
reconnaissante envers le réseau du CREFAD Auvergne pour l’avoir cru possible et l’avoir encouragé dans sa création. Une aventure à suivre.

Lorie
Expérimenter, découvrir

Lorie se pose beaucoup de questions sur ce qui l’anime, qui la passionne, elle a besoin d’expérimenter, de découvrir, de parler, de toucher des matériaux et métiers différents. Elle ne sait pas ce que l’avenir lui réserve et elle essaye de retracer son chemin parcouru auparavant, elle voudrait pouvoir tout faire en même temps, elle veut être épanouie dans ce qu’elle fait et voudrait pouvoir le retranscrire à d’autre afin de montrer que tout est possible et que l’on peut essayer, si l’on s’en donne le courage, de faire tout et n’importe quoi, même si l’on pense que c’est impossible, mais pour tout cela elle a besoin de réfléchir et de se poser les bonnes questions pour pouvoir continuer son projet.
La caravane lui a permis de se rendre compte que le collectif l’a beaucoup aidé sur sa personnalité et sur le fait de s’exprimer sur elle-même et aux autres, ça lui a permis également d’avoir de nouvelles question en tête et de découvrir un peu plus qui elle est et qu’est-ce qu’elle veut plus tard mais c’est toujours en suspens car les questions n’ont pas encore de réponses.

Lili
« Lil’irresponsabilité, Lil’idéalisation, Lil’illumination, Lili… popotame, Lili bellule ! »
Lili reconnaît son goût pour questionner l’identité (…Lilidentité). Comment et jusqu’à quelles limites peut-elle se laisser définir par l’autre ? Quels intérêts peut-elle y trouver ?
Elle a voyagé pour vivre ailleurs et continue depuis à développer sa pluri-personnalité.
Elle apprend à aimer ses doutes, à guérir ses perturbations émotionnelles, à se découvrir, à aimer ne pas savoir.
« Piti piti zwazo fè ni », apprend-elle à dire en Haïti.
Et petit à petit, Lili assume son intérêt à accompagner l’autre dans ces questionnements, à croire que ce qui la fait vibrer (pétiller dedans) a une légitimité. Permaculture, écoféminisme, arts manuels, intelligence naturelle du corps, …, des liens se font tout seul.
Mûrit l’envie de provoquer l’expérience d’autre chose (à faire ou à être), d’inviter à s’essayer soi-même dans différents cadres.
Mettre en lumière ou accueillir son authenticité organique.
« Organique » parce que en lien à nos matières premières telles que le corps et ses tissus, ses chaires et ses liquides. Elle aime aménager l’espace et le temps pour écouter ce que ces morceaux-là de nous ont à dire. (Exprimer, prendre soin, mettre en valeurs et en questions…)
Lili observe, écoute et s’intéresse aux rapports aux corps des êtres vivants qu’elle rencontre. Elle aime amener conscience sur les liens créés/entretenus entre ceux-ci et l’intellect ou l’émotionnel.
Lorsqu’elle invite à vivre une expérience, elle est consciente du terrain propice qu’elle offre à des réflexions, dont elle ne veut pas mesurer l’ampleur.
Ces expériences sont collectives et individuelles, alors la question de la bordure apparaît (Qu’y a-t-il entre l’autre/le reste du monde et moi ? Qu’est-ce qui nous sépare ?)
Elles sont parfois l’invitation à vivre sans substances (transformant les perceptions), parfois de l’ordre de la résidence/du laboratoire artistiques (clown, danses, voix, …) ou d’un chantier participatif (construction, récolte, réflexions et fabrication, …)
Pour s’essayer dans des rôles et des postures, inventer et transformer sa confiance en soi.
Pour questionner le cadre et le hors cadre de la créativité.
Parfois des ateliers d’enfants conteurs, parfois des cueillettes sauvages sensorielles…
Tout un tas de propositions pour se tâtonner soi, s’autoriser l’espace ou le temps de ressentir son identité en traversant avec son corps des situations (satisfaisantes ou non ! cf. l’Entraînement Mental).
Lili aime les états de déséquilibre et de malaise qu’offre la quête du « vrai », elle les chéri pleinement : des voies/sources très riche de jeu et de poésie. Elle s’émerveille du haut plein potentiel naturel du vivant (et croit naïvement pouvoir prêcher au moins des convaincu-e-s ?)